Baroque abstrait — Abstract Baroque
Baroque abstrait
CYB — Juin 2017
Ce qui parle dans le terme portugais « barocco » c’est l’irrégularité sinon la difformité d’une perle, unique dans son écart à la rotondité attendue, dissemblable à l’attente — comme le charme de l’impromptu dans l’existence, l’irruption du hors norme, de l’extra-ordinaire. Ce qui parle c’est l’inouï donc. Une voix venue d’ailleurs ? Une voix en rupture, en décalage, comme l’arc-en-ciel contraste avec le gris de la pluie soudain illuminée de soleil.
Ma peinture relève de ce que j’appelle « Baroque abstrait », parce qu’il s’agit de creuser l’instant dans ce qu’il a d’inouï précisément, de singulier, d’unique, « baroque » ; « abstrait » parce que la matière de ce creusement consiste d’abord en couleurs, en intensités et contrastes, puis en formes. La question de la représentation référencée à la réalité — dans l’acception ordinaire de ce mot — n’est que seconde, voire accessoire, inessentielle à ma démarche, même quand cette question est posée.
Mes toiles « Venise » ou « Kyoto » relèvent bien du « Baroque abstrait » : une Venise tropicale, sensations d’un déséquilibre reconquis sur la saveur acidulée des flots, un Kyoto en surplomb qui fait surgir des tigres rouges des rochers, des kimonos bariolés aux plis soyeux de la pierre, et les eaux torrentueuses, bouillonnantes, du jaune et du rose à la fois ensablés.
L’extravagant ne reflète que l’inattention de l’habitude ; pour le peintre « baroque abstrait » il sourd d’un creusement patient, joyeux et aimant de l’instant.